
Photo Sophie Kane
Le cas de Ansatou Mballo du village de Sanka est intéressant et révélateur d’un changement de mentalité dans ce terroir isolé de la frontière entre la Guinée Bissau et le Sénégal. Cette localité abrite la phase expérimentale du KMZ, projet axé sur la lutte contre les mutilations génitales féminines.
Avec l’intégration des adolescentes dans les cercles d’éducation à la santé de la femme, les relais du projet – appelés ici décideurs démultiplicateurs actifs et volontaires (DDAV) – ont agité la réflexion sur les grossesses précoces indésirées. Les 2 DDAV femmes que sont Ansatou Mballo et Sounkarou Faty ont adopté une stratégie de proximité pour aborder les adolescentes chez elles, dans leur intimité et individuellement.
Résultat : les ados filles ont fait état, ouvertement et pour la 1ère fois, des persécutions psychologiques et morales dont elles sont victimes de la part des jeunes garçons. Ces moyens de pression peu orthodoxes vont de l’isolement de la fille non coopérative à sa diffamation dans le cercle fermé des branché-es du village. Cette arme de destruction de virginités, il faut l’admettre, est redoutée à la fois des filles et de leurs mères ! Pour elles, en effet, cece constitue une contre-publicité pour l’image de la famille et, surtout, pourrait retarder le mariage de la fille.
Alors, nos 2 DDAV femmes décident de réguler les espaces de rencontre nocturnes des filles et des garçons. En instaurant un dialogue franc, ouvert et démocratique entre elles-mêmes, les filles et les garçons. Au bout du compte, un modus vivendi est trouvé qui donne à la DDAV Ansatou le droit de participer aux … soirées dansantes et de raccompagner les filles chez elles pour éviter les multiples viols étouffés, presque tous impunis, du fait de la pudeur familiale et de la crainte de représailles sociales contre les victimes qui seraient tentées de porter l’affaire devant la justice !
Et depuis la mois d’avril 2008, Ansatou s’est vu décerner un autre galon : en plus d’être DDAV, elle a acquis le statut de policière … sans tenue, pour le grand bien des filles et de leurs familles.
L’intérêt que cette initiative a suscité dépasse aujourd’hui les frontières de Sanka et Ansatou vient d’être sollicitée pour dupliquer son expérience dans les villages de Témanto Dembel (Sénégal) et de Dialdialto (Guinée Bissau).